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© Getty Images
Dispensation à l’unité : la fausse bonne idée qui inquiète la profession
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 prévoit d’imposer la dispensation à l’unité pour certains médicaments en pénurie. La Cour des comptes l’avait annoncé mi-janvier : la dispensation à l’unité doit faire l’objet d’un rapport dans l’année. Depuis, l’institution a soumis aux syndicats des pharmaciens un questionnaire sur le sujet afin de réunir tous les éléments chiffrés essentiels à une analyse pertinente. Cette instruction aborde plusieurs axes, dont les cas particuliers existants (antibiotiques, quétiapine et stupéfiants), les quantités de médicaments dispensés et le coût du changement si la dispensation à l’unité était généralisée.
Interrogé sur le sujet, Pascal Le Guyader, directeur général adjoint du Leem (syndicat des entreprises du médicament) affirme ne pas être totalement opposé à ce type de dispensation. « Nous sommes en train d’expertiser cette possibilité et d’étudier les complexités techniques qui y sont associées, mais ce défi ne relève pas que de notre ressort. Cela concerne l’ensemble des acteurs de la distribution du médicament, qu’il s’agisse des répartiteurs, des pharmacies d’officine, des hôpitaux… »
Fausse solution
Du côté des syndicats des pharmaciens, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) n’a pas encore répondu aux sages de la rue Cambon. « Notre position historique est d’être opposés à ce type de dispensation, mais nous devons nous pencher sur les modifications législatives récentes et sur le cas de la quétiapine afin de répondre de façon éclairée à la Cour des comptes », explique Philippe Besset, président de la FSPF.
Pour l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), en revanche, la position est définitive : « Nous ne souhaitons pas aller vers ce modèle. La dispensation adaptée et la préparation des doses à administrer sont à privilégier », explique Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO. Une position justifiée par Guillaume Racle, délégué à l’économie au sein du syndicat. « Nous avons soumis nos arguments à la Cour des comptes et indiqué que la dispensation à l’unité n’est pas envisageable pour les médicaments chroniques, c’est une évidence. Concernant les médicaments à posologie variable, la dispensation à l’unité n’a pas non plus son utilité puisque l’usage de ces médicaments dépend de la réapparition ou de l’intensité des symptômes. Nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce qu’il en sera. Ici, la dispensation adaptée serait particulièrement pertinente, c’est regrettable qu’elle ait été abandonnée », explique le représentant.
La faute aux conditionnements
Reste le cas des traitements aigus. « Nous avons étudié les causes de gâchis potentiels en la matière : les prescriptions inadaptées qui ne sont pas conformes aux recommandations – et dans ce cas mettre en place la DAU équivaudrait à cautionner ces prescriptions non conformes -, et en deuxième lieu les cas des patients non-observants pour lesquels la DAU ne résoudrait rien », continue Guillaume Racle. « Enfin, nous avons pointé du doigt les conditionnements qui ne sont pas adaptés aux unités de prescription les plus courantes. Comment expliquer, par exemple, qu’il n’existe pas de boîtes d’amoxicilline adaptées aujourd’hui ? Le plus souvent, les prescriptions portent sur 21 comprimés, mais les fabricants ne proposent que des boîtes de 6 et de 14 comprimés… Pourquoi nous imposer la dispensation à l’unité là où il faudrait inciter les industriels à revoir leurs conditionnements ? » Enfin, l’Union nationale des pharmacies de France (UNPF) estime que « la dispensation à l’unité n’est pas adéquate pour lutter contre le gaspillage et l’antibiorésistance et rappelle que l’expérimentation menée de 2014 à 2017 n’a montré aucun bénéfice ».
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