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Le « café suspendu » appliqué à l’officine
Aujourd’hui, trois pharmacies nantaises sont partenaires de l’association « Tout en Attente ». Le principe ? Les clients achètent deux produits dont l’un est laissé à disposition d’une personne dans le besoin. Une solidarité difficile à mettre en place, malgré la bonne volonté des titulaires.
L’histoire de « Tout en Attente », association créée à Nantes en 2013, a en réalité commencé il y a un siècle à… Naples. « Les Napolitains aisés prenaient un café et en laissaient un autre sur le comptoir, qu’une personne pauvre pouvait boire sans débourser. Ce concept de « café suspendu », qui avait disparu, a été repris par le maire de Naples en 2012, puis par les Indignés et les réseaux sociaux. C’est ainsi qu’est née l’association », raconte Jacques Boy, président de « Tout en Attente ». Dans un premier temps, il s’adresse aux cafetiers de la ville, puis à d’autres commerces, notamment alimentaires. Actuellement, l’association compte quarante commerçants solidaires, dont trois pharmacies. Le principe est identique pour tous : un client achète deux cafés, deux baguettes ou deux brosses à dents et laisse un produit « en attente » pour une personne qui en a besoin.
Une mise en place délicate en pharmacie
L’une des premières officines à s’être engagée est la pharmacie de Verdun, dans le centre-ville de Nantes. « Jacques Boy est venu me présenter son projet et cela m’a parlé. Les personnes en difficulté ont besoin de produits d’hygiène. Pour inciter les clients à acheter deux produits au lieu d’un, j’ai mis en vitrine un panier contenant des savons, des brosses à dents, divers produits d’hygiène. J’ai aussi remis des flyers aux clients intéressés », relate Dominique Dambrine-Darnis, sa titulaire. Mais depuis trois ans, elle n’a distribué qu’une dizaine de produits. Cette mise en place difficile, Philippe Brochard, titulaire de la pharmacie de la Bottière, la connaît également. « Je suis vite devenu partenaire, car le principe de Tout en Attente a du sens pour les produits d’hygiène », explique-t-il. Cependant, les produits en attente ne correspondent pas forcément aux besoins des gens qui viennent de la part d’associations, et les prix freinent les achats. « Une brosse à dents coûte plus cher qu’un café. Le prix moyen en pharmacie est un peu élevé pour qu’une personne achète deux produits et en laisse un », observe-t-il. Louis-Marie Tricaud, titulaire de la pharmacie du Repos de Chasse, dresse aussi un bilan nuancé : « Des clients contribuent en achetant par exemple, deux boîtes de paracétamol ou des pansements, mais nous avons peu de demandes. Les personnes ciblées passent moins par la pharmacie, alors que cela marche bien en boulangerie ».
Une tirelire sur le comptoir
Face à ces difficultés, Dominique Dambrine-Darnis a mis en place une cagnotte. Les clients y laissent la monnaie rendue. Ce dispositif semble mieux fonctionner. « Cet argent sert à acquérir des produits que je remets aux personnes en difficulté ou qui me sont adressées par des associations », précise-t-elle. Jacques Boy n’est pas opposé à ce système, conscient que « le prix des produits joue ». Philippe Brochard estime que collecter de l’argent est « plus compliqué ». Il espère trouver une solution pour développer les produits en attente. Car « participer à une action solidaire est une réelle satisfaction », résume Dominique Dambrine-Darnis. §
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