Biosimilaires : les pharmaciens avancent… sans filet économique

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Biosimilaires : les pharmaciens avancent… sans filet économique

Publié le 28 février 2025
Par Sana Guessous
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Le 27 février, un arrêté ministériel a élargi la liste des groupes biologiques biosimilaires que les pharmaciens peuvent substituer, passant de deux à neuf molécules. Une avancée que la profession salue, mais qui soulève une question clé : où sont les incitations économiques ?

« Nous passons de deux molécules substituables à neuf. C’est une reconnaissance appréciable de notre expertise et de notre capacité à prendre en charge les patients », se félicite Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).

Publié le 27 février au Journal officiel (JO), l’arrêté ministériel détaille les molécules concernées mais aussi leurs très strictes conditions de substitution.

« Nous pourrons substituer aussi bien à l’initiation qu’en cours de traitement. Il sera cependant nécessaire d’accompagner le patient et de lui offrir un dispositif adapté à sa situation. Un patient traité pour une maladie digestive se verra ainsi proposer plusieurs options de substitution alors que le traitement d’une personne présentant une maladie articulaire avancée devra être plus encadré », poursuit le président de l’USPO.

Un cadre économique qui reste à préciser

« Grâce à l’arrêté d’égalisation de marge entre biosimilaires et médicaments de référence, nous ne perdons pas d’argent à substituer. Mais les incitations économiques pour réaliser cette substitution ne suivent toujours pas », regrette Pierre-Olivier Variot.

Si la libéralisation des remises sur les achats de biosimilaires est actée dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025, le pharmacien ne bénéficiera pas d’une rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) spécifique, comme cela a été le cas pour les génériques. « C’est fort dommage », ajoute-t-il.

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Le syndicaliste estime que cette incitation a été fléchée vers les médecins. Ces derniers bénéficient en effet d’une Rosp lorsque leurs prescriptions de médicaments biosimilaires dépassent 40 % du nombre de boîtes prescrites dans l’année.

« Donc quand nous allons substituer les biosimilaires, nous allons faire gagner de l’argent aux médecins », s’agace Pierre-Olivier Variot.

Des remises sur les biosimilaires, un levier financier ?

Pour sa part, Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), rappelle qu’une Rosp « pénétration des génériques, hybrides et biosimilaires » est en place dans le cadre de la convention nationale pharmaceutique signée en 2022.

« C’est un gain d’environ 10 millions d’euros pour le réseau. Je suis d’accord que ce n’est pas assez. Une Rosp plus importante et spécifique aux biosimilaires serait la bienvenue, mais pour moi, la priorité et ce qui va rapporter de l’argent au réseau rapidement, ce sont les remises », assure le président de la FSPF.

La crainte d’une perte de rentabilité sur les génériques

Autre sujet d’inquiétude : la possible annonce d’une baisse des remises sur les génériques.

« Le ministère m’a fait un courrier dans ce sens et l’ancien ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, a déclaré lors d’une audition au Sénat qu’il voulait baisser les remises génériques à hauteur de 100 millions d’euros. Nous n’allons pas tolérer cela. Nous allons nous battre pour que ça n’arrive pas », promet le président de l’USPO.

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