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© Shutterstock
Trouble de l’oralité alimentaire pédiatrique, c’est quoi ?
Le trouble alimentaire pédiatrique (TAP) ou trouble de l’oralité alimentaire se définit comme une altération de l’absorption d’aliments, inappropriée pour l’âge, associée à un ou plusieurs des éléments suivants :
- dysfonctionnement médical ou nutritionnel ;
- dérèglement des compétences oro-sensori-motrices ;
- retentissement psychosocial.
Concrètement, ce trouble désigne des difficultés d’alimentation survenant chez l’enfant et qui évoluent sur une période supérieure à 15 jours.
En raison de ce trouble, l’alimentation de l’enfant ne correspond pas à celle attendue pour son âge.
Quand le trouble alimentaire pédiatrique apparaît-il ?
Le TAP peut être présent dès la naissance, mais se manifeste très souvent au moment de la diversification alimentaire (à partir de 4 à 6 mois selon les enfants) ou lors du passage à une alimentation en morceaux. Dans la majorité des cas, le trouble se développe au cours de la première année de vie.
« Il faut retenir que le trouble alimentaire pédiatrique n’a rien à voir avec un trouble du comportement alimentaire, comme l’anorexie mentale ou la boulimie », explique Lucie Briatte, orthophoniste, formatrice et chargée d’enseignement en orthophonie à l’Institut des sciences et techniques de la réadaptation (ISTR) de l’université de Lyon-1.
De même, le trouble alimentaire pédiatrique ne doit pas être confondu avec la néophobie alimentaire, qui est le refus de manger des aliments nouveaux. Fréquente, la néophobie alimentaire est en général passagère et nécessite une prise en charge uniquement lorsqu’elle perdure. Elle peut toutefois constituer un des signes du trouble alimentaire pédiatrique.
Les troubles de l’oralité ne touchent pas uniquement les enfants mais peuvent se développer chez des adultes (notamment à la suite de maladies ou d’accidents, ou encore en lien avec le vieillissement). Les enfants touchés par ces troubles peuvent également les conserver à l’âge adulte.
Comment se manifeste-t-il ?
L’un des signes les plus typiques est la sélectivité des aliments. L’enfant en refuse certains en se fondant sur certains critères, comme la couleur, la température, la texture ou encore l’odeur. Ce refus des aliments survient dès la présentation de l’aliment.
Ces critères, variables selon le sujet, sont plus ou moins restrictifs.
Les troubles se manifestent principalement lors de l’introduction d’aliments avec une nouvelle consistance. « Les difficultés lors du passage d’une texture à une autre, du lait à la purée, puis de la purée aux morceaux sont très évocatrices d’un trouble alimentaire pédiatrique », détaille Lucie Briatte. L’enfant peut tout simplement refuser les morceaux pour demander une alimentation mixée, ou refuser certains aliments en morceaux, en fonction de la taille, de l’aspect ou de la texture.
L’enfant peut aussi refuser les associations de textures ou les doubles textures, par exemple des pâtes (texture solide) dans une sauce (texture liquide). Il peut également refuser de manger un aliment d’une autre marque que celle dont il a l’habitude.
Au-delà de son refus de prendre et d’ingérer certains aliments, l’enfant ressent un véritable dégoût. Ainsi, si l’adulte qui s’en occupe insiste, il peut être pris de nausées, voire de vomissements et de régurgitations.
Trouble de l’oralité alimentaire : quelles sont les conséquences ?
Le TAP entraîne des conséquences parfois importantes sur le comportement de l’enfant, sa vie sociale, sa qualité de vie. La famille tout entière se retrouve confrontée à une situation complexe, source potentielle de conflits ou de mal-être.
Dans les formes sévères du trouble, l’enfant peut aller jusqu’à refuser de s’alimenter, avec des répercussions majeures sur son état de santé, comme des carences nutritionnelles, des problèmes gastro-intestinaux (du type constipation, s’il refuse de manger des légumes et des fruits), des atteintes dentaires (suite à des carences en vitamine C, par exemple), voire un ralentissement de la croissance.
Le refus de s’alimenter doit amener à consulter.
Quelle est son origine ?
Les études dans ce domaine restent peu nombreuses et menées à petite échelle. À ce jour, les causes précises à l’origine de ces troubles restent méconnues. Il n’est pas rare qu’aucune cause ou événement déclencheur ne soit retrouvé.
Certaines situations semblent cependant y prédisposer, notamment l’existence d’un polyhandicap, les troubles du spectre de l’autisme, une ou plusieurs maladies chroniques ou encore les antécédents de nutrition artificielle. Les enfants nés prématurément, en particulier ceux ayant nécessité la mise en place d’une sonde nasogastrique sur une période prolongée, ont un risque majoré de développer ce trouble.
Des mécanismes oro-moteurs semblent impliqués, tels que des problèmes de succion ou de déglutition, des dérèglements des fonctions sensorielles (audition, vision, olfaction, toucher) et des problèmes comportementaux, la prise d’aliments étant vécue comme une mauvaise expérience.
Néanmoins, il ne faut pas négliger que des causes organiques puissent expliquer le trouble alimentaire pédiatrique, par exemple des malformations de la cavité buccale ou de la face, ou encore des atteintes de l’œsophage.
Comment diagnostiquer ce trouble ?
« L’enfant atteint d’un trouble alimentaire pédiatrique peut aussi présenter des troubles de la modulation sensorielle sur d’autres sens (olfactive, tactile…). Des signes comme un enfant dégoûté par certaines odeurs, qui déteste avoir les mains sales, qui a le contact difficile avec l’eau ou le sable…, s’ils s’accompagnent d’une sélectivité alimentaire, doivent faire penser à un trouble alimentaire pédiatrique, explique Lucie Briatte. L’avis du pédiatre, et si possible d’un gastropédiatre, est capital pour écarter toute cause somatique, notamment un reflux gastro-œsophagien. Une fois ces causes écartées, le bilan orthophonique est une étape essentielle du diagnostic. »
Un diagnostic précoce est essentiel pour en identifier les causes et mettre en place une prise en charge adaptée. Ainsi, le travail avec la famille ne s’arrête pas au soin auprès de l’enfant lui-même ; un véritable partenariat familial doit être mis en place.
Trouble de l’oralité alimentaire : en quoi consiste le traitement ?
La prise en charge du TAP est pluridisciplinaire et adaptée à la situation de chaque patient, notamment à la gravité du trouble, aux causes identifiées et à l’âge de l’enfant. Elle peut se cantonner à un accompagnement orthophonique et à la mise en place de quelques mesures alimentaires ou aboutir à la pose d’une sonde gastrique en cas de refus majeur à s’alimenter.
Elle est coordonnée par le médecin traitant ou le pédiatre et s’appuie sur les interventions du pédiatre ou du gastropédiatre, de l’orthophoniste, de l’ergothérapeute, du psychomotricien, du diététicien, du masseur-kinésithérapeute et/ou du psychologue. Des programmes d’éducation thérapeutique sont également proposés dans certains centres hospitaliers pour accompagner les enfants et leurs parents.
Que faire au comptoir ?
S’informer. Connaître les signes du trouble est essentiel pour orienter vers un professionnel spécialisé. L’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD) a élaboré en 2022 un document d’information, regroupant la plupart des informations à connaître.
Chaque année, la filière de santé des maladies rares abdominothoraciques (FIMATHO) organise des journées de sensibilisation aux troubles alimentaires pédiatriques.
Des formations sont également dispensées par certains organismes de formation.
Orienter. Il est important d’inciter les parents à consulter au moindre doute, et d’évoquer avec le pédiatre ou le médecin tout signe qui paraît anormal dans l’alimentation de l’enfant.
L’avis d’un gastropédiatre peut être utile.
Adapter les galéniques. « En dehors de l’alimentation, la prise de médicaments peut être très compliquée chez ces enfants. Le plus souvent, ils ne supportent pas les textures collantes, pâteuses ou gluantes. L’administration d’un sirop ou d’une suspension buvable peut immédiatement provoquer le dégoût et un réflexe nauséeux. Au comptoir, dans la mesure du possible, choisissez la forme galénique la plus facile pour l’enfant. Et précisez aux parents s’ils peuvent ou non ouvrir une gélule ou dissoudre un comprimé », recommande Lucie Briatte.
En savoir +
Troubles alimentaires pédiatriques. Concrètement, que faire ?, Lucie Briatte et Lauriane Barreau-Drouin, éditions Tom Pousse. 2021.
Que dire aux parents ?
Encourager l’enfant. Il est notamment conseillé de faire les courses avec l’enfant, de l’inviter à cuisiner et à préparer les repas avec un adulte, de lui faire découvrir de nouveaux aliments, de nouvelles textures et de nouvelles recettes.
Développer de nouvelles stratégies. Proposer un parcours alimentaire dans la journée sous forme de petites collations ; présenter les aliments de façon ludique ; introduire progressivement de nouveaux aliments ; autoriser l’enfant à manipuler la nourriture, la sentir, la cracher si nécessaire. Enfin, il peut s’avérer utile de bien séparer les aliments dans l’assiette.
Éviter la focalisation. Ne pas tout cristalliser autour de la question des repas, en forçant l’enfant à manger un aliment qu’il refuse ou en transformant les repas en conflits. Le forçage ou le chantage alimentaire ne vont rien résoudre. Au contraire, ils peuvent aggraver la situation au fil des mois et des années.
Être patient. Le travail de réadaptation peut être long (6 à 18 mois en moyenne). Les parents doivent s’appuyer sur des professionnels de santé compétents pour les accompagner.
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