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© Getty Images
L’activité physique adaptée : une autre approche du soin
Qu’est-ce que l’activité physique adaptée ?
Le décret 2016-1990 du 30 décembre 2016 en donne la définition suivante : « On entend par activité physique adaptée […], la pratique dans un contexte d’activité du quotidien, de loisir, de sport ou d’exercices programmés, des mouvements corporels produits par les muscles squelettiques, fondée sur les aptitudes et les motivations des personnes ayant des besoins spécifiques qui les empêchent de pratiquer dans des conditions ordinaires ».
L’activité physique, au même titre que la sédentarité ou l’alimentation, est un déterminant majeur de l’état de santé et de la condition physique d’un patient. Dans le cadre de la prise en charge des pathologies chroniques, elle fait désormais partie intégrante de l’arsenal thérapeutique. Depuis 2022, tous les médecins peuvent prescrire de l’APA en soins de premier ou de second recours, après évaluation médicale et, si besoin, une consultation médicale d’activité physique.
Pour bénéficier d’une prescription d’APA, quatre conditions doivent être réunies :
- être atteint d’une maladie ou d’une condition pour lesquelles l’APA a démontré des bénéfices ;
- ne pas avoir un niveau d’activité physique suffisant par rapport aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ;
- ne pas être capable d’augmenter seul et en sécurité son niveau d’activité physique ;
- accepter de suivre un programme d’APA sur la durée.
De nombreux patients atteints de maladies chroniques (obésité, hypertension artérielle, diabète, dyslipidémie, cancer…) sont concernés, mais aussi les patients en situation de perte d’autonomie en lien avec un handicap.
Il existe en pratique quatre niveaux d’intervention, décrits par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2022. Le niveau 1 correspond aux programmes de rééducation et de réadaptation mis en œuvre par les professionnels de la rééducation (masseurs-kinésithérapeutes, psychomotriciens, ergothérapeutes). Le niveau 2 est celui de l’APA. Le niveau 3, celui du sport-santé, encadré par des éducateurs sportifs et proposé par des associations ou des clubs sportifs. Enfin, le niveau 4 est celui de l’activité physique non supervisée, pratiquée en autonomie par le patient.
En quoi consiste un programme d’activité physique adaptée ?
L’APA est prescrite sur un formulaire spécifique (modèle défini dans un arrêté du 28 décembre 2023) par le médecin sous la forme d’un programme trimestriel d’activités physiques structurées, comprenant deux à trois séances hebdomadaires de 45 à 60 minutes chacune. La prescription peut être renouvelée par les masseurs-kinésithérapeutes, sauf si le médecin s’y oppose.
L’objectif du programme est défini de manière conjointe par le médecin prescripteur, le professionnel de l’APA et le patient. Selon les situations, le programme associe différents types d’exercices, par exemple de l’endurance, du renforcement musculaire, des exercices d’équilibre et de coordination ou encore des assouplissements. S’il peut être renouvelé après une période initiale de trois mois, le programme doit également s’accompagner d’un changement durable du mode de vie, avec plus d’activité physique et moins de sédentarité. Le professionnel de l’APA accompagne la personne vers l’autonomie et, à terme, assure le relais vers des activités physiques ordinaires. En théorie, il n’y a pas de contre-indication absolue et définitive à l’APA.
L’APA est-elle remboursée ?
Le financement représente un enjeu pour les patients, car la dispensation d’APA n’est pas remboursée par l’Assurance maladie. Dans le rapport « Charges et produits » de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) pour l’année 2024, un remboursement était envisagé pour les patients atteints de cancer ou de diabète, mais cette mesure n’a pas été retenue dans la version finale de la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). Cependant, certains organismes complémentaires peuvent prendre en charge une partie des dépenses et, au sein de certaines structures hospitalières, des programmes peuvent être proposés gratuitement, grâce à l’action d’associations.
Après un cancer, un dispositif permet toutefois une prise en charge partielle. L’arrêté du 24 décembre 2020 relatif au parcours de soins global après un traitement oncologique prévoit que le médecin peut prescrire un ensemble de bilans et de consultations d’activité physique, de suivi nutritionnel ou psychologique, dans la limite d’un montant maximal de 180 euros par patient et par an. Ces prestations peuvent inclure une évaluation par un professionnel de l’APA, afin d’élaborer un programme individualisé.
Vers qui orienter les patients concernés ?
Le dispositif est encore peu utilisé par les prescripteurs et donc mal connu par les personnes éligibles. Au comptoir, l’équipe officinale peut expliquer les modalités pratiques et souligner les bénéfices attendus. Pour en bénéficier, les patients peuvent être orientés vers leur médecin, ou le service hospitalier où ils sont suivis, mais aussi vers des structures spécialisées comme les maisons sport-santé (MSS). Ces dernières, au nombre de 492, sont référencées sur le site du ministère des Sports (www.sports.gouv.fr).
L’APA en cancérologie
Entretien avec Jean-Marc Descotes, directeur général et cofondateur de l’association CAMI (cancer, arts martiaux et information) Sport et Cancer.
Quel a été le point de départ de la création de la CAMI Sport et Cancer ?
En tant que professeur de karaté et ancien sportif de haut niveau, j’ai créé l’association en 2000 avec le Dr Thierry Bouillet, oncologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Notre conviction était simple : l’activité physique pouvait avoir un effet bénéfique sur certains symptômes du cancer, notamment la fatigue. Précurseurs dans ce domaine, nous avons devancé de quinze ans les textes réglementaires sur l’APA. Aujourd’hui, CAMI Sport et Cancer a développé plus d’une centaine d’exercices, forme des professionnels de l’APA et intervient dans plus de 40 établissements de santé, sur les indications de plus de 1 000 prescripteurs.
Aujourd’hui, quelle est la place de l’APA dans la chaîne thérapeutique ?
De ce qui n’était au départ qu’une intuition, cette approche est devenue une thérapeutique non médicamenteuse dont l’intérêt a été reconnu scientifiquement dans de nombreuses pathologies, notamment chroniques. L’activité physique adaptée se révèle pertinente dans tous les types de cancer et peut être commencée dès le diagnostic, lorsque les traitements anticancéreux et l’état de santé du patient le permettent. Si elle n’est pas encore inscrite dans le plan personnalisé de soins (PPS) des patients atteints de cancer, ses avantages sont pourtant multiples : réduction de la fatigue (qui touche 18 % des patients en phase aiguë et 30 % en post-cancer), amélioration des capacités fonctionnelles, de la condition physique et de la santé métabolique cardiovasculaire et respiratoire.
À quel moment faut-il proposer au patient de l’APA ?
Un démarrage précoce après le diagnostic permet de préserver la masse musculaire et la condition physique du patient. Une meilleure condition physique permet une meilleure récupération après les traitements et améliore le pronostic de la maladie. Une bonne condition physique permet également de réduire les complications des traitements comme le lymphœdème et la fatigue et de réduire les conséquences psychologiques de la pathologie. Des études ont également montré un effet positif sur le risque de rechute et de comorbidités.
Quels sont les obstacles à l’essor de cette démarche ?
Proposer l’APA juste après l’annonce du cancer est souvent difficile. Le patient n’est pas réceptif, il ne voit pas l’intérêt de la démarche, à un moment où il doit parallèlement accepter sa maladie. De plus, il est parfois complexe de mettre en place des programmes d’APA de manière précoce, en raison des effets négatifs des protocoles de chimiothérapie ou de radiothérapie. Tous les professionnels de santé qui assurent la prise en charge du patient ont un rôle à jouer pour expliquer l’intérêt de l’APA et motiver le patient. Même si la question du remboursement demeure souvent un obstacle…
- 5/5 – Bibliographie : cahier Formation « La maladie de Crohn »
- L’essentiel à retenir sur la maladie de Crohn
- 4/5 – Conseils associés : soulager la maladie de Crohn et améliorer l’efficacité thérapeutique
- 3/5 – Analyse d’ordonnance : adaptation du traitement d’une patiente atteinte de la maladie de Crohn
- 2/5 – Thérapeutique : traiter la maladie de Crohn
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