Génération Deust : les nouveaux visages de l’officine

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Génération Deust : les nouveaux visages de l’officine

Publié le 22 janvier 2025
Par Annabelle Alix
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Entre un profil « upgradé », une orientation chaotique cabossée par Parcoursup et l’ouverture de nouvelles perspectives, les apprentis préparateurs devenus étudiants se cherchent, avec pour leitmotiv d’être fidèles à eux-mêmes. Mais une fois la motivation présente, la magie opère.

Adieu le BP, vive le Deust ! Avec un nombre d’apprentis estimé à 7 423 à la rentrée 20241, le diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (Deust) est désormais la seule voie qui mène au métier de préparateur-technicien en pharmacie. Alors que le brevet professionnel (BP) vit ses derniers instants – les redoublants de la dernière promotion passeront leur examen final en juin –, le Deust s’est installé progressivement dans les centres de formation des apprentis (CFA) et les facultés de pharmacie, les invitant à travailler main dans la main. Dans les classes et sur les bancs des amphis se pressent désormais de futurs préparateurs, moins apprentis, plus étudiants, admis après la rude sélection imposée par le système Parcoursup.

Qui sont-ils ? Plus qualifiés, parfois moins investis, mais bien fidèles à leurs valeurs, ils ne savent pas toujours ce qu’ils veulent mais manifestent haut et fort ce dont ils ne veulent pas. À l’occasion de leur troisième rentrée, Porphyre a souhaité découvrir leurs envies, comprendre leurs attentes, cerner leurs forces et leurs difficultés. Le point sur vos futurs collègues !

Un niveau « upgradé »

Globalement, « le passage au Deust a upgradé le niveau des apprentis », relève Nicole Pothier, pharmacienne responsable du Deust de préparateur-technicien en pharmacie au centre de formation professionnelle de la pharmacie (CFPP-Planchat), à Paris. En troquant un BP de niveau bac contre un diplôme universitaire niveau bac+2, la formation attire des profils plus qualifiés. « Sur les salons étudiants, nous constatons que les parents sont plus intéressés par un bac+2, et que les étudiants sont rassurés par la possibilité d’une poursuite d’études après le Deust », développe Nicole Pothier. Avec l’entrée de la formation sur Parcoursup, le profil des postulants devient plus hétérogène. « Nous sélectionnons les candidats en fonction, notamment, du type de bac, regardons les bulletins, les notes, surtout dans les matières scientifiques, mais aussi en français car le Deust requiert la rédaction d’un mémoire », rappelle la pharmacienne.

Parmi les profils sélectionnés, les titulaires d’un bac général sont plus nombreux qu’avant. « Certains sortent du lycée, d’autres ont 20, 25 ans et détiennent, par exemple, un BTS en diététique, raconte Stéphanie Satger, pharmacien titulaire, maître d’apprentissage et maître de conférences associée (MAST) dans le cadre du Deust de la faculté de pharmacie de Marseille. Ils se réorientent, faute d’avoir décroché un emploi dans leur branche. » Certains étudiants ont déjà tenté de devenir pharmacien, comme Amandine Traina, 21 ans, diplômée du Deust en octobre, qui après avoir échoué en PASS avait finalement « suivi une année de sociologie, en attendant que le Deust ouvre au Havre ». Comme en BP, les jeunes en contrat d’apprentissage cohabitent avec des personnes un peu plus âgées, en reconversion, sous contrat de professionnalisation (dont le nombre est limité à 10 % par promotion).

Des jeunes « moins apprentis, plus étudiants »

Si le niveau général est plus élevé à l’entrée en formation, la motivation, elle, semble moins présente. « Les classes de BP, nous les suivions et les faisions progresser sur deux ans, se souvient Stéphanie Satger. J’avais la sensation que la majorité d’entre eux était impliquée. » « En deux ans, nous voyions naître, grandir, évoluer le préparateur dans sa conscience professionnelle », corrobore Jean-Louis Grillet, directeur de l’Institut de formation des métiers de la pharmacie (IFMP), à Marseille. À la fac, les modules d’enseignements, déconnectés les uns des autres, favorisent le phénomène « chasse d’eau » : une fois le module validé, les connaissances passent parfois aux oubliettes. La continuité dans l’apprentissage est moins prégnante, tout comme l’implication des jeunes. « Nous avons parfois l’impression qu’ils ne savent pas trop pourquoi ils sont là », reprend Stéphanie Satger. « Moins apprentis, plus étudiants », comme le résume le responsable de la formation universitaire à Tours, Pierre Bredeloux, « les jeunes sont dans un esprit fac, ne savent pas toujours ce qu’ils veulent et font parfois le minimum en se disant que de toute façon ils valideront les partiels », observe Nicole Pothier. Les « contrats pro » font souvent exception à la règle, ceux-ci faisant preuve d’une grande implication.

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Lutter contre le phénomène « chasse d’eau »

Désormais universitaire, la formation au métier de préparateur en pharmacie est structurée par modules, ce qui induit « une déconnexion entre les matières », notent les formateurs. « À l’époque du brevet professionnel, nous tapions tous azimuts dans les différentes matières au moment de l’examen final », se souvient Nicole Pothier, responsable du Deust du CFPP-Planchat, à Paris. Les matières étaient reprises au fil des deux ans, avec des interconnexions entre elles. Avec le Deust, un module, sitôt validé, est parfois presque immédiatement oublié, puisqu’il ne sera plus réabordé. Les CFA et les facultés de pharmacie l’ont compris et tentent de lutter contre ce phénomène « chasse d’eau ». À Mont-Saint-Aignan, « les formateurs se sont aperçus que les étudiants oubliaient les acquis, alors ils ont réadapté les choses pour nous interroger sur les matières de première année », raconte Romane Lefebvre, 22 ans, étudiante en 2e année au CFA Naturapôle de Seine-Maritime. « Rien n’empêche de poser des questions portant sur un module validé, comme la cardio, dans le cadre de la pratique professionnelle », suggère de son côté Nicole Pothier. À Aix Marseille Université (AMU), la problématique a été anticipée dès la conception des programmes. « Nous faisons travailler les étudiants de deuxième année sur des analyses d’ordonnances croisées portant sur les deux ans », indique Stéphanie Satger, maître d’apprentissage et maître de conférences associée (MAST) dans le cadre du Deust à la faculté de pharmacie.

De l’ascenseur social au choix par défaut

Bien avant l’universitarisation, la typologie du futur préparateur avait, semble-t-il, déjà entamé sa métamorphose. Et pour cause, la formation a subi plusieurs changements entre 1946, date de sa création, et aujourd’hui. « Initialement, les jeunes étaient formés sur deux à cinq ans dans le cadre du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) d’aide-préparateur, puis du CAP d’employé en pharmacie suivi d’une mention complémentaire, avec une entrée en apprentissage possible dès 16 ans, rappelle la directrice de l’Association nationale pour la formation de la pharmacie (ANFPP), Guillemine Dubois. L’âge et les prérequis à l’entrée étant différents d’aujourd’hui, les apprenants étaient plus jeunes et plus dociles en contexte professionnel. » La formation jouait même un rôle d’ascenseur social. « Les jeunes y entraient avec des convictions et, d’emblée, une certaine reconnaissance à l’idée de seconder le pharmacien qui était un notable », développe Édouard Mérigaud, psychosociologue du travail. Une époque révolue. La formation a ensuite évolué vers un brevet professionnel (BP), effectué en deux ans après le bac, et qui aujourd’hui n’existe plus. Dotés d’un bagage parfois plus conséquent qu’un bac, les étudiants ont désormais des alternatives à la pelle. Le Deust de préparateur-technicien en pharmacie n’était d’ailleurs pas nécessairement leur premier choix. Conséquence assez fréquente d’un échec à la PASS2, à la L.AS3, voire d’un refus de candidature dans une branche différente, leur présence est parfois fortuite. « Avec Parcoursup, on élève le niveau d’accès aux formations et c’est parfois le sixième choix du jeune qui lui est accessible », pointe Édouard Mérigaud. Faute de résultats suffisants pour accéder à leurs premiers choix, « certains se retrouvent là presque malgré eux, préférant toujours cette option à celle d’une année de césure qui les ferait sortir du système, ce qui aggraverait la problématique de leur orientation à la rentrée suivante », conclut le psychosociologue.

De l’absentéisme à la rupture…

Une chose en entraînant une autre, l’absentéisme va bon train, en formation, comme en entreprise ! Et ce, malgré la signature d’un contrat de travail assorti d’une sanction financière en cas d’absence non justifiée. Dans les CFA – où se déroulent toujours la plupart des cours malgré l’universitarisation –, les équipes pédagogiques tentent de resserrer la vis. Cahiers de présence, comptabilisation des absences, tutorat, visites en entreprise, discours en début d’année rappelant l’importance d’être présents ou temps d’échanges réguliers sur les difficultés rencontrées sont autant d’initiatives engagées pour stimuler les étudiants. Certains CFA poussent même la réflexion plus loin, cherchant à intégrer l’intelligence artificielle aux outils pédagogiques, pour mieux attirer et conserver l’attention des « digital natives » (génération née entre 1997 et 2012). À l’heure actuelle, toutefois, rien n’y fait. Ces actions n’endiguent ni l’absentéisme, ni les (trop) nombreuses ruptures de contrats. Selon les statistiques de l’ANFPP, « le taux de ruptures sur la France est de 9,7 %, en moyenne, sur deux ans, et il est en augmentation. » À Tours, il était de 24 % sur la première promotion (2021-2023), avec un léger recul à 19 % sur la suivante (2022-2024). Les jeunes quittent la formation « à cause de difficultés à suivre, de problèmes de santé, d’orientation, d’absences trop répétées ou d’un manque d’intérêt pour le métier », selon les données collectées par l’ANFPP auprès des CFA. D’après Pierre Bredeloux, « les ruptures viennent principalement d’une mauvaise représentation que les jeunes se font du métier avant l’entrée en formation ».

Redoublements : des ajustements à trouver

En matière de redoublement, concilier les règles de l’apprentissage et de l’université est, pour l’heure, compliqué, ce qui entraîne des exclusions de parcours. Les centres de formations comptent se saisir de la question cette année.
Selon le sondage effectué en 2024 par Association nationale pour la formation professionnelle de la pharmacie (ANFPP), le taux de réussite au Deust de préparateur-technicien en pharmacie en France est de 83,5 %. Sur les 16,5 % qui échouent, certains pourront prolonger leur contrat d’alternance d’un an et repasser les modules non validés. La gestion de ces redoublements nécessite toutefois des adaptations. « Le volume d’heures en formation détermine celui qui est effectué en pharmacie », rappelle en effet Nicole Pothier, responsable du Deust du CFPP-Planchat, à Paris. Le temps passé en formation doit représenter, au minimum, un quart de la durée globale du contrat d’apprentissage et 15 à 25 % de celle d’un contrat de professionnalisation. Ainsi, « pour les étudiants qui ont trop peu de matières à repasser, il est difficile d’obtenir un contrat », explique-t-elle. Ce peu d’heures en entreprise n’intéresse pas les titulaires en officine. À l’inverse, certains CFA ont des difficultés à organiser les emplois du temps d’étudiants qui ont trop de matières à repasser, parfois à cheval sur les deux années. De fait, « la première année ne pouvant pas être redoublée, certains étudiants valident parfois les modules des 3e et 4e semestres (2e année), sans avoir validé tous ceux du 1er et du 2e (première année) ». Dans ce cas-là, le temps disponible pour l’entreprise peut également s’en trouver très réduit. Au final, selon l’ANFPP, 3 % des Deust 1 et 3,5 % des Deust 2 sont exclus du parcours, du fait de « l’inadéquation entre la loi de l’apprentissage et celle de l’université », constate Nicole Pothier. À l’issue de la troisième année, 42 % des redoublants se retrouvent sans diplôme, ni possibilité de le repasser. Les CFA et les unités de formation et de recherche (UFR) entendent se saisir de la question cette année, comme l’indique la directrice de l’ANFPP, Guillemine Dubois : « Notre journée nationale du 7 février portera sur la problématique du redoublement et nous sommes en cours d’élaboration d’un outil intégrant une intelligence artificielle pour apporter une réponse pédagogique et logistique aux redoublements et aux décrochages. »

Un chemin personnel

Nicole Pothier en est convaincue, « il y a aussi un facteur générationnel à l’origine de ce manque d’engagement. On sent que les jeunes sont beaucoup plus volatils par nature ». Le saut dans le vide ne semble pas les effrayer. Dans le fond, « ils savent qu’ils retrouveront un emploi, quitte à changer de secteur d’activité », constate Édouard Mérigaud. Ce que les générations précédentes pouvaient qualifier de « job alimentaire » est, pour eux, un moyen « d’acquérir une expérience sociale qui les nourrira autrement, le temps de se trouver », poursuit le psychosociologue. Romane Lefebvre, 22 ans, étudiante en 2e année à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, est passée par cette étape avant son entrée en Deust : « Après avoir abandonné médecine, j’ai pris une année sabbatique dans la vente et cela m’a fait prendre conscience que j’adorais le contact client, confie-t-elle. Le métier de préparateur me permet de conserver cet aspect, tout en renouant avec la voie paramédicale. » Pour Édouard Mérigaud, cette construction de l’identité professionnelle hors les murs d’une entreprise émane d’une autonomie acquise au sein même du système scolaire. « On dit souvent que le niveau baisse en maths ou en français, concède-t-il, mais il augmente sur les “softskills” [ndlr : qualités comportementales]. L’école pousse plus tôt les jeunes à ouvrir leur esprit et à s’autonomiser, en effectuant davantage d’exposés, de réalisations, de travaux de recherche, ce qui développe leurs capacités de méta-analyse et d’argumentation, développe le psychosociologue. Ainsi, dès la sortie du lycée, ils ont acquis une certaine perception sociétale. Et à l’aube de la 4e ou de la 3e, les jeunes sont déjà outillés intellectuellement pour dire : “Ça, moi, je ne veux pas ».

Un excès de zèle ?

Revers de la médaille, « à moins d’être effectués en groupe, ces travaux de recherche favorisent l’individualisme », relève Édouard Mérigaud. Et l’évolution sociétale en a remis une couche. « La Génération Z – aujourd’hui âgée de 12 à 27 ans – a vu ses parents ou ses grands-parents s’impliquer au sein d’entreprises qui les ont finalement mis à la porte, parfois sans scrupule », développe le psychosociologue, qui qualifie ces jeunes d’« assertifs ». L’assertivité étant la capacité à s’exprimer, à s’affirmer, à dire non, à défendre son opinion et ses droits sans empiéter sur ceux des autres. Et c’est là que le bât blesse. Le curseur n’est pas toujours placé au bon endroit, à cause, peut-être, d’une immaturité liée à l’âge ou au manque d’expérience. La « Gen Z » a grandi avec les lanceurs d’alerte et le mouvement #metoo. Ainsi, « elle est très revendicative, mais elle manque parfois de souplesse d’esprit, d’adaptation, de mesure, note Stéphanie Satger. Certains jeunes pensent qu’il serait légitime d’être payé pendant les révisions ! ». « Le non est très problématique, même lorsqu’il est légal et légitime, observe Nicole Pothier. En entreprise, le moindre désaccord peut les décourager. Certains se sont plaints qu’un titulaire leur ait mal parlé, alors qu’il faisait une réflexion sur un retard. » Comme le pointe Édouard Mérigaud, dans une société qui dévalorise l’avancée dans l’âge, composée d’entreprises « dans lesquelles on devient sénior à 45 ans et où la situation peut s’avérer compliquée dès 55 ans », l’âge, l’expérience et l’autorité n’imposent plus d’eux-mêmes le respect, « contrairement à l’aura, à la capacité à montrer, ou à démontrer ». À l’heure où le savoir est à portée de clic, où la concentration s’effrite et où l’esprit multitâche est roi, les jeunes ont aussi du mal à se séparer de leur téléphone en cours et n’hésitent pas à interrompre sans vergogne un professeur pour lui signifier qu’il se trompe.

Fidèles aux valeurs, plus qu’à l’employeur

Contrairement aux apparences, volatilité ne rime pas avec infidélité. De fait, « Les jeunes sont fidèles, constate Édouard Mérigaud, mais à leurs valeurs. Alors que leurs aînés ont parfois serré les dents face à certains comportements en entreprise, faute d’alternatives sur le marché de l’emploi, la Gen Z ne transige pas avec ses valeurs : être respecté, trouver du sens à son travail, assouvir sa curiosité, servir sa conscience écologique… » Partant de là, si l’entreprise partage et respecte ces valeurs, elle les fidélise. « L’intégration en entreprise se passe bien quand l’équipe est bienveillante, avenante, qu’elle nous accueille les bras ouverts, dans un esprit d’équipe et qu’elle répond à nos questions », témoigne Jessica Durand, 20 ans, étudiante en 2e année de Deust à Lyon. Dans le cas contraire, il y a de fortes chances pour que l’entreprise les fasse fuir. « Pour cette génération, les valeurs ne sont plus une variable d’ajustement, résume Édouard Mérigaud. Plutôt que de s’asseoir dessus, elle préférera même trahir une parole donnée à un employeur. » Quant à l’équilibre entre vies personnelle et professionnelle, il est primordial, comme en témoigne Romane, en Deust 2, qui, malgré son goût prononcé pour le contact client, se pose la question de suivre la licence qui lui permettrait d’exercer à l’hôpital. « Même si ce n’est pas encore à l’ordre du jour, quand je me projette avec des enfants, je me dis qu’à l’hôpital, les horaires sont plus compatibles avec la vie de famille », confie-t-elle. N’y voyez aucune volonté d’échapper à l’effort. Contrairement à certaines idées reçues, « la grande majorité des jeunes souhaite travailler et ne répugne pas l’effort, dans la mesure où il est expliqué et compris, assure Édouard Mérigaud. L’effort n’est fourni que s’il fait sens. »

2e année, le salut !

La première année de Deust joue apparemment un rôle de filtre. « Les problématiques de rupture de contrat concernent surtout la première année, constate Pierre Bredeloux, responsable de la formation à l’université de Tours, même s’il y en a encore en début de deuxième année, mais elles sont beaucoup moins fréquentes. » En pratique, selon l’ANFPP, le taux de décrochage passe en effet de 14 % en Deust 1 (de 3,5 % à 25 % selon les CFA), à 3,5 % en Deust 2 (de 0 à 12,5 % selon les CFA). Et les jeunes qui poursuivent le cursus en 2e année ne sont plus les mêmes. « C’est comme si la maturité s’était installée pendant l’été, raconte Stéphanie Satger, MAST à la faculté de Marseille, et, à la rentrée, c’est un vrai plaisir de travailler avec eux ! » Une fois la motivation présente, elle semble perdurer après le diplôme. À Tours, sur la promotion 2023, « pas moins des trois quarts des jeunes diplômés ont été embauchés comme préparateurs dans l’officine de leur apprentissage », rapporte Pierre Bredeloux. Parmi les autres, 10 % ont rejoint l’hôpital et sont donc restés dans le métier. D’autres encore ont poursuivi leurs études (concours, licence professionnelle, etc.) ou ont bifurqué… L’universitarisation ouvre des portes. « Grâce au Deust, je peux espérer tenter un diplôme universitaire (DU) de micronutrition ou de phyto-aromathérapie, se réjouit Capucine Delacroix, 44 ans, étudiante en 2e année à Nice. Mon rêve est de faire une formation d’aromathérapie en soins palliatifs, pour exercer en ville ou à l’hôpital. »

Et après ?

« J’ai parfois l’impression que nos cours visent une poursuite d’études après le Deust, s’étonne Marine Pereira, 23 ans, étudiante en Deust 2 à Lorient. Certains sont très théoriques et très poussés, comme les cours de nutrition qui nous enseignent jusqu’à la structure moléculaire des protéines… » Et en face, sur les bancs « certains étudiants ont un si bon niveau qu’ils n’ont rien à envier aux pharmaciens, note Stéphanie Satger. Ils sont réfléchis, formulent de bonnes remarques… Pour l’instant, ils sont motivés par le métier, mais je me demande si, à terme, ils ne s’ennuieront pas. Il faudrait presque les orienter vers les études de pharmacie ». Une passerelle très convoitée par les recalés de la PASS, mais qui ne doit pas devenir un moyen de la contourner (lire encadré). Quoi qu’il en soit, le Deust semble avoir ouvert aux étudiants préparateurs le champ des possibles…

1. Recensement effectué en 2024 auprès de 38 CFA par l’Association nationale pour la formation professionnelle de la pharmacie (ANFPP).

2. PASS : parcours d’accès spécifique santé.

3. L.AS : licences avec accès santé.

« La passerelle vers les études de pharmacie n’est pas une suite de cursus » 

Nicole Pothier, pharmacienne responsable du Deust de préparateur-technicien en pharmacie au Centre de formation professionnelle de la pharmacie (CFPP-Planchat), à Paris. 

« De nombreux étudiants diplômés du Deust de préparateur-technicien en pharmacie souhaitent accéder à la passerelle vers les études de pharmacie, mais dès la première intervention du doyen, en 1re année, nous les informons qu’il y a très peu d’élus. Quant à ceux qui sont finalement sélectionnés, ils rencontrent de nombreuses difficultés en 2e année de pharmacie, notamment concernant la chimie. Il y a énormément de travail à fournir, beaucoup plus que ce à quoi ils sont habitués en Deust, sans compter qu’ils ne peuvent pas travailler en pharmacie en parallèle. La passerelle n’est pas une suite de cursus, c’est une véritable reprise d’études. En revanche, les diplômes universitaires (DU) sont accessibles. Lorsqu’ils existent, les certificats de qualification professionnelle (CQP) restent toutefois plus adaptés pour un exercice en officine et peuvent donner lieu à une bonification conventionnelle. »