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Deux facs de pharma proposent la VAE du Deust
Les facultés de Marseille et de Reims n’ont pas attendu la sortie des premiers diplômés du Deust préparateur/technicien en pharmacie pour proposer aux titulaires du BP de valider ce diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques par la validation des acquis de l’expérience (VAE).
« J’ai eu mon BP en 2010. Quand la formation a évolué vers le diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (Deust), j’ai trouvé cela formidable ! Je me suis dit pourquoi pas moi. De plus, j’ai eu peur de ne plus pouvoir exercer avec seulement le BP. Alors je me suis lancée ! » explique Vanessa, préparatrice dans la Drôme. Cette crainte est infondée puisque le titulaire du BP reste habilité à seconder le pharmacien. En revanche, obtenir un niveau bac+2 ouvre une porte vers la poursuite des études.
La validation des acquis de l’expérience (VAE) permet à toute personne, quels que soient son âge, son niveau d’études ou son statut – d’actif ou pas -, de faire valider son expérience pour obtenir une certification professionnelle. Cela permet aux préparateurs BP ayant de l’expérience d’obtenir le Deust, notamment pour accéder à des études supérieures car pour l’heure, un préparateur a les mêmes fonctions, responsabilités et salaire avec un BP ou un Deust. Alors que la majorité des 24 universités de pharmacie attendaient de stabiliser la formation de Deust et la mise en place de la réforme de la VAE (voir encadré ci-dessous), deux facultés ont décidé de se lancer dans l’aventure depuis quelques mois.
Des VAE déjà ouvertes
À la faculté de pharmacie de Reims (51), le parcours coordonné par le professeur Jean-Marc Millot et l’équipe de la formation continue de l’Université recense quatre inscrits. À la faculté de pharmacie de Marseille (13), « il y a moins d’une dizaine de préparateurs inscrits dans ce parcours », précise le professeur Stéphane Honoré, praticien hospitalier et enseignant en charge du Deust. « Nous avons lancé ce programme via le site internet de l’Université et nous avons eu des demandes. Le bouche-à-oreille a plutôt bien fonctionné, même si les modalités pratiques ont pu en décourager certains. Une vingtaine de personnes nous ont contactés mais seules quatre se sont inscrites dans le parcours, car ce n’est pas juste un jeu administratif », explique Jean-Marc Millot.
Des blocs à acquérir
En pratique, le candidat constitue un dossier de VAE dans lequel il indique en quoi son expérience répond aux exigences de la certification visée. Ces exigences sont détaillées dans la fiche du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) du Deust de préparateur/technicien en pharmacie (RNCP35719). Après présentation orale du dossier à un jury composé d’enseignants de l’université et de professionnels de la pharmacie en exercice, celui-ci décide si le candidat valide l’ensemble de la certification par son expérience ou uniquement certains blocs. Dans ce deuxième cas, le candidat devra suivre des enseignements en lien avec les blocs manquants ou faire des travaux pour acquérir les blocs qui lui font défaut.
En l’espèce, le Deust préparateur/technicien en pharmacie est constitué de six blocs de compétences (voir encadré ci-contre), dont les 5 et 6 ne sont pas dispensés en BP. Ainsi, il s’agit de déterminer comment un préparateur avec le BP peut valider ces blocs 5 et 6 par son expérience. En suivant un enseignement lui permettant de valider ces deux blocs ? En soutenant un mémoire démontrant qu’il a ces compétences par sa pratique ? Les deux facultés ont choisi des modalités différentes.
À chaque fac, son parcours
À Reims, « sous réserve des dossiers des candidats, nous penchons pour une solution simple. Nous évitons l’usine à gaz. Il y aura donc une validation de l’ensemble du Deust ou rien », détaille le professeur Jean-Marc Millot. Le dossier et la soutenance de la demande de VAE doit permettre au candidat de valider les blocs 5 et 6.
Marseille a fait un choix différent. « Si nous comparons les fiches RNCP du BP et du Deust, deux blocs nouveaux ont été créés (le 5 et le 6, NDLR). C’est pourquoi, pour l’instant, les candidats n’ont eu qu’une validation partielle de leur expérience (blocs de 1 à 4, NDLR). Pour obtenir le Deust, ils doivent rédiger un mémoire à présenter devant un jury », indique Stéphane Honoré. C’est le parcours de Vanessa. « Le jury m’a validé les quatre premiers modules du Deust. Pour obtenir mon Deust, je dois préparer un mémoire correspondant aux blocs de compétence 5 et 6. J’ai choisi d’être accompagnée par l’Université pour la préparation de ce mémoire. C’est un accompagnement en visio qui se met en route. Selon le calendrier communiqué, je devrais soutenir mon mémoire dans le courant de l’année 2024. » Le mémoire doit analyser un sujet prospectif ou mettre en avant des missions assurées par le candidat.
L’harmonie est souhaitée
Interrogé sur ces initiatives de terrain, Vincent Lisowski, président de la Conférence des doyens des facultés de pharmacie, est circonspect. « La Conférence des doyens avait acté que la mise en place de la VAE ne pouvait pas avoir lieu avant qu’une première promotion soit sortie. Le travail d’harmonisation des procédures de validation n’a donc pas encore été mené, admet-il avant d’ajouter : Même si rien n’interdit la mise en place de la VAE dès à présent, il est nécessaire de mener une réflexion au niveau national pour éviter la multiplication des procédures. Il serait dommageable qu’une fac monte une procédure de VAE plus exigeante qu’une autre. Et de préciser : Le risque d’avancer en ordre dispersé est que les candidats comparent et choisissent la procédure la plus simple ou la moins coûteuse au lieu de prendre en compte la qualité des enseignements. »
Stéphane Honoré assume cette procédure : « J’incite les facultés à se lancer dans cette voie autorisée légalement. »
Ainsi, le CFA et la faculté de Paris ont fait le choix d’attendre. « Nous avons eu peur d’être submergés de demandes. La VAE actuelle implique un accompagnement personnalisé que nous ne pouvons pas offrir à une centaine de candidats. La réforme de la VAE pourrait permettre une validation en masse via le suivi d’enseignements validés par des quiz ou QCM obligatoires pour s’assurer de leur compréhension et acquisition, sans oublier un mémoire et l’oral », précisent Nicole Pothier, responsable du CFA de Paris, et Françoise Brion, professeure émérite à la faculté de pharmacie de l’Université Paris Cité. « Attendre permet d’avoir une meilleure visibilité sur la licence, car si elle est mise en place, la VAE pourra se faire directement pour ce niveau », ajoute Françoise Brion (lire Décryptage p. 11). Consciente des attentes des préparateurs, la conférence des doyens souhaite travailler au plus vite sur un référentiel commun, soit début 2024. En même temps que les décrets de la loi marché du travail.
La VAE réformée par la loi « marché du travail »
Le gouvernement, considérant la VAE comme un outil de lutte contre le chômage, a souhaité favoriser son accès (lire Enquête p. 16). La loi dite marché du travail du 21 décembre 2022 prévoit d’ouvrir la VAE à toute personne salariée ou « inactive ».
Elle prévoit de simplifier la procédure en allégeant le contenu du dossier à présenter au jury de VAE. Le candidat bénéficiera aussi d’un congé de deux jours pour préparer cet entretien, contre une journée actuellement. Au 15 septembre 2023, les décrets de mise en place de cette réforme ne sont pas publiés.
Les 6 blocs de compétence du Deust
Les compétences sont les moyens à acquérir pour mener à bien une activité.
1 : Gérer la demande de produit pharmaceutique et accompagner la personne dans sa prise en charge. Exemple de compétence dans ce bloc : analyser la conformité d’une prescription.
2 : Travailler en équipe pluriprofessionnelle et traiter les informations liées aux activités pharmaceutiques. Exemple : produire et transmettre un message oral.
3 : Agir en matière de prévention. Exemple : donner des informations au public.
4 : Gérer des flux pharmaceutiques. Exemple : contrôler la qualité du produit préparé.
5 : Se situer en tant que professionnel de santé. Exemple : traiter l’information médicale et scientifique.
6 : Agir en responsabilité au sein d’une organisation professionnelle. Exemple : s’autoévaluer pour améliorer sa pratique.
Les blocs cœur de métier tel le 1 sont associés à des blocs de compétences transversales tel le 5 qui nécessite des habiletés avec le numérique, l’expression écrite et orale, la capacité de synthèse…
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