Covid-19 : pourquoi certains vaccinés ont quand même développé des formes graves

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Covid-19 : pourquoi certains vaccinés ont quand même développé des formes graves

Publié le 17 juin 2022
Par Anne-Hélène Collin
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Pourquoi certains patients ayant reçu un schéma vaccinal complet contre le Covid-19 et par ailleurs répondeurs à la vaccination, ont-ils développé une forme grave de la maladie ? L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) apporte une réponse.

La vaccination anti-Covid-19 est efficace contre les formes graves de la maladie ; pourtant certains patients non immunodéprimés ayant reçu un schéma vaccinal complet avec un vaccin à ARNm ont développé une forme sévère, nécessitant une hospitalisation. La raison ? Le développement par certains patients d’auto-anticorps anti-IFN-1, c’est-à-dire des anticorps dirigés contre les interférons de type 1, molécules produites de manière rapide par les cellules de l’organisme en réponse à une infection virale et dont le principal effet est d’inhiber la réplication du virus dans les cellules infectées, explique l’Inserm.

L’étude, conduite par des chercheurs de l’Inserm, de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et des enseignants-chercheurs de l’Université Paris Cité au sein de l’Institut Imagine, a été menée sur 48 patients âgés de 20 à 80 ans (53 ans en moyenne), ayant reçu deux doses de vaccin à ARNm 2 à 16 semaines avant l’infection, mais ayant développé une forme sévère après avoir été infectés par le variant Delta. Pour éliminer d’emblée un possible échec vaccinal, les chercheurs ont mesuré le taux d’anticorps anti-Sars-CoV-2 produits par l’organisme en réponse à la vaccination. 6 patients en échec vaccinal sont donc sortis de l’étude.

Chez les 42 patients restants a été recherchée la présence d’anticorps anti-IFN de type 1 capables de neutraliser les interférons de type 1. Ils étaient présents (IFN-α2 et/ou anti-IFN-ω) chez près d’un quart des patients (24 %, 75 ans en moyenne). « Hormis cette particularité, ces patients ne présentaient pas d’autres déficits immunologiques et n’avaient aucun historique d’infection virale sévère », soulignent les chercheurs. A titre comparatif, dans une population générale de moins de 70 ans, 0,02 % des personnes possèdent des anticorps capables de neutraliser 10 ng/ml d’IFN-α2 et/ou d’IFN-ω ; cette proportion passe à 0,6 % chez les plus de 70 ans.

Et les chercheurs d’ajouter : « Il est intéressant de noter que même si ces patients ont développé une forme sévère de Covid-19, aucune n’a abouti au décès. Or dans la population non vaccinée, 20 % des personnes qui décèdent présentent des auto-anticorps anti-interférons de type 1. On peut donc supposer que la vaccination a eu un effet même si elle n’est pas parvenue à empêcher le développement de la maladie. »

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