Economie de l’officine : l’embellie, jusqu’à quand ?

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Economie de l’officine : l’embellie, jusqu’à quand ?

Publié le 29 août 2022
Par Francois Pouzaud
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Les moyennes professionnelles du cabinet d’expertise comptable Fiducial sont tombées. Le climat économique actuel va-t-il changer la donne ?

L’année 2021 a été une année historique en termes de croissance pour l’officine et le meilleur reste certainement encore à venir cette année. L’embellie économique depuis deux ans est liée à la capacité d’adaptation des officines pour répondre aux multiples sollicitations engendrées par la crise sanitaire, mais aussi à l’augmentation de l’activité traditionnelle marquée par le retour à une consommation de soins qui s’est progressivement normalisée et à la progression toujours soutenue des médicaments chers. Les résultats sont au rendez-vous.

Comme le montrent les moyennes professionnelles 2021 de Fiducial réalisées à partir d’un échantillon représentatif de 516 officines ayant clos leur exercice comptable entre le 30/06/2021 et le 31/12/2021, la majorité des indicateurs économiques des pharmacies sont en progression par rapport à 2020 : le chiffre d’affaires HT a progressé en moyenne de 6,53 %  (CA moyen de 1 780 k€ en 2021) ; la marge brute s’améliore tant en pourcentage (elle rompt la tendance baissière des dernières années, en passant de 30,94 % en 2020 à 31,73 % en 2021) qu’en valeur absolue (+ 9,28 % à 565 k€) ; l’excédent brut d’exploitation (EBE) atteint un niveau record historique (13,54 % du CA HT contre 12,27 % en 2020). Les officinaux voient leur trésorerie solidifiée (+169 k€ en moyenne) et leur rémunération en progression sensible (+ 10,29 % à 62 180 € concernant la rémunération moyenne d’un gérant) en 2021.  

Inflation : le risque de « l’effet de ciseaux »

Malgré cette évolution spectaculaire de l’activité, Fiducial remarque néanmoins que 20 % des officines de son échantillon voient leur CA diminuer en moyenne de – 3,8 %. Ce sont celles qui, faute d’espaces, de moyens ou d’effectifs, n’ont pas réalisé les vaccins anti-Covid-19 et les tests antigéniques. Les 80 % restantes enregistrent une hausse moyenne de leur CA de + 8,6 %.

Ces résultats ont été acquis au prix fort : le niveau d’épuisement des équipes est, lui aussi, historique. En 2021, la productivité du personnel (ratio du CA HT sur effectif salarié moyen) s’établit à 378 k€ (+ 4 k€ par rapport à 2020) pour un effectif moyen salarié lui-même en progression, passant de 4,4 à 4,7 salariés en équivalent temps plein. Avec l’accroissement de l’activité dans le contexte de la pandémie et de ses exigences, les frais de personnel ont grimpé de 6,45 % en moyenne en 2021.

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Pour 2022, la question en suspens est bien celle-ci : la hausse générale des prix ne va-t-elle pas impacter trop fortement les frais de personnel et les frais généraux jusqu’à atteindre, par un « effet de ciseaux », la rentabilité ? Et pour les années suivantes, une autre question est déjà soulevée par les syndicats pharmaceutiques dans la négociation du volet économique de la nouvelle convention nationale pharmaceutique : les dispositifs mis en place pour lutter contre la pandémie sont temporaires, qu’en sera-t-il alors de l’évolution de l’activité dans les années à venir ?