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Quelles plaies !
Le congrès de la Société française et francophone des plaies et cicatrisation a réuni de nombreux spécialistes à Paris, du 26 au 28 janvier 2020. Focus sur les pansements et les plaies des personnes toxicomanes.
Quoi de neuf dans les pansements ?
Forme, composition, dimensions, nouvelles gammes, voire innovations, comme chaque année, les nouveautés pansements 2019-2020 ont été présentées par Christine Faure, pharmacienne au CHU de Montpellier (34).
Déjà sortis. Une nouvelle version de l’Aquacel Foam, Aquacel Foam Pro de ConvaTec, un hydrocellulaire à absorption importante, avec une interface siliconée sur toute sa surface et une couche de liaison en polyuréthane. La technologie Flex du Mepilex Border Carré et Ovale s’étend sur la gamme EM (Extra Mince). Allevyn Gentle de Smith & Nephew bénéficie d’une interface siliconée. 3M a racheté la société Acelity et ses filiales KCI et devient « 3M + KCI ». Juste avant, KCI avait sorti Kerramax Care, leur premier hydrocellulaire superabsorbant non adhésif utilisable des deux côtés. Lohmann & Rauscher étend sa gamme Suprasorb P sensitive d’hydrocellulaire siliconé à absorption importante, avec Suprasorb P sensitive Multisite de forme ovale.
À venir. La forme compresse de Urgostart Plus en avril. InterDry de Coloplast, un tissu en polyester associé à des ions argent antimicrobiens lors d’intertrigos, d’inflammations érythémateuses des plis cutanés, qui aide à lutter contre la macération et les frottements. Sous forme de bande ou de rouleau à glisser dans les plis et à faire déborder de 5 cm, il draine l’humidité, évite les frictions et limite les infections. Enfin, grande nouveauté en cas de plaies malodorantes, notamment cancéreuses, avec Cinesteam. Ce nouveau type de pansement absorbant, à la cannelle, breveté par l’Institut Curie et récemment marqué CE, est plus efficace contre les odeurs que le charbon et devrait sortir courant 2020.
Des spécificités liées à la toxicomanie
« Les manifestations dermatologiques font partie de la longue liste des complications de la toxicomanie, a rappelé Amélie Schoeffler dermatologue au CHR de Metz-Thionville (57). Elles concernent 60 à 86 % des usagers de drogue. » Cannabis, cocaïne, héroïne « sont les principaux pourvoyeurs de ces complications », ajoute Hélène Martin, dermatologue au CHR. Les signes dermatologiques sont à rechercher car ils sont parfois pathognomoniques(1), surtout chez les injecteurs, et permettent de suspecter une toxicomanie rarement avouée.
Les particularités des plaies du toxicomane
Environ 15 % des toxicomanes, surtout des hommes dans la quarantaine, présenteraient des plaies aux jambes. « Les plaies aiguës sont essentiellement le fait de la toxicomanie intraveineuse, en regard du site d’injection ou en aval, explique le Dr Schoeffler. Souvent, ce sont des ulcères à la localisation atypique, car les injections débutent dans les membres supérieurs, puis inférieurs, puis en intra-artériel, etc. » Ces plaies aiguës surviennent dans les heures qui suivent l’injection. Ce sont des manifestations ischémiques. Les plaies chroniques(2) sont huit fois sur dix dans un contexte de toxicomanie intraveineuse. « Il faut chercher une cause rare, dont la toxicomanie, en cas d’ulcère chronique chez un homme jeune, recommande le Dr Martin. Si, en plus, la localisation est atypique, cela doit faire tilt. » L’injection dans les jambes est plus risquée. « Le risque d’ulcère chronique est près de dix fois plus élevé après une injection intraveineuse dans les jambes versus les bras. » Les plaies sont très différentes lors de toxicomanie inhalée. Majoritairement localisées aux extrémités (55 % aux pieds), elles sont toujours nécrotiques, de petite taille, et neuf fois sur dix s’inscrivent dans un contexte d’artériopathie clinique. La prise en charge est compliquée. « Les plaies récidivent quasiment dans un cas sur deux », partage le Dr Martin. « Ils s’injectent la drogue dans leur plaie quand ils n’ont plus de réseau veineux ou artériel disponible. C’est la principale cause d’un retard de cicatrisation à rechercher », ajoute le Dr Schoeffler.
Plaies et internes en médecine
Une étude menée auprès de 711 internes en médecine générale français montre que 69 % d’entre eux se sentent concernés par le problème de la cicatrisation des plaies, mais 94 % considèrent qu’ils sont insuffisamment formés et 98 % aimeraient suivre une formation complémentaire. Plus de 4 sur 10 laissent le choix de la prescription du pansement à une infirmière. 74 % lavent les plaies à l’eau et au savon, mais 19 % prescrivent des antiseptiques à chaque réfection de pansement. Il y a encore de l’information à faire !
(1) Un symptôme est pathognomonique lorsqu’il caractérise spécifiquement une maladie et permet d’en établir le diagnostic certain lorsqu’il est présent.
(2) Martin H., Bursztejn A.C., Albuisson E., Leguern A., Mahé E., Villemur B., Blaise S., Perceau G., Goujon E., Lok C., Modiano P., Debure C., Guillot B., Maillard H., Say M., Carvalho-Lallement P., Dompmartin A., Journet-Tollhupp J., Schmutz J.-L., Schoeffler A., Senet P. Caractéristiques des plaies chroniques chez les toxicomanes : étude rétrospective de 58 patients. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. 2019;146 (12):793-800.
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